Meeting point

Meeting Point Envolées 1 & 2 Les nouveaux CD de Pierre Boussaguet
Meeting Point Envolées 1 & 2

 

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Liner Notes

La vie professionnelle en tant que contrebassiste-accompagnateur m’a amené naturellement à côtoyer des artistes si différents, chacun avec leur temps, leur espace, leur poésie, leur musique, bref, leur caractère. Le rôle du bassiste consiste à se mettre au service des autres, de « trouver des bonnes notes et une pulsation adéquate » pour aider à leur discours; difficile et passionnant.
Du bal musette à Michel Legrand, du duo au symphonique, en passant par de la chanson et du free-jazz, et même un tout petit peu de rock, j’ai toujours constaté que chaque musique est difficile à bien jouer.
Et ce sont les morceaux ou passages à priori simples qui posent souvent problème.

Le Jazz a été mon choix de cœur, certes, mais j’ai toujours écrit de la musique, souvent autre chose que du jazz, et ai écouté beaucoup de musique classique et de la chanson, cet idiome où c’est le texte, l’histoire qui prévaut.
Pendant ce temps mes tiroirs se remplissent de musique, de notes qui dorment, couchées sur le papier.

Alors aujourd’hui, fort de toutes ces expériences et du stock (!) j’ai choisi d’enregistrer et de jouer des choses que j’aime, avec des musiciens que j’aime, et surtout de ne pas me préoccuper de savoir si c’est du jazz, de la chanson, du classique, du funk, de la valse, du tango, ou une quelconque étiquette : Ils constituent un vrai patchwork musical.
Pour les pièces classique, l’intérêt est de changer leur garde-robe, et de proposer une autre mise en lumière. Chaque concert devant des amateurs a été très chaleureusement reçu.

Un tel projet mêlant plein de « styles » peut dérouter le public qui me connaît, voire déclencher des passions. Des amis de longues dates m’ont même accusé d’avoir renié leur amour…
Dur d’entendre cela.
Mais alors suis-je condamné à ne jouer que du jazz, d’être strictement le disciple, le protégé de Ray Brown ? C’est drôle mais le dernier conseil que Ray m’a donné, c’est de me rendre au milieu d’un champ et de brûler tous ses albums. Authentique !
Et il a précisé : « Tu n’en as plus besoin. Tu dois maintenant voyager, explorer, et c’est cela qui révèlera le bassiste, le musicien que tu es. Et pas d’inquiétude, tu ne perdras pas ton swing, l’injection a été trop profonde. »
Vingt ans avec Lalo Schifrin et dix ans avec Michel Legrand ont achevé de me convaincre.
Meeting Point j’ai commencé à y travailler en 2010 pour une création de musique originale au festival de Beynes (78) réunissant le quatuor à cordes d’Anne Gravoin et un quartet de jazz. Tiens, encore un album à réaliser…
En 2013 je reprends cette idée mais à partir d’œuvres du répertoire, et choisis une instrumentation bien spécifique et originale, sans piano.
Mais de concert en concert j’ai dû accepter que des musiciens ne veuillent pas franchir un certain cap : Il faut tellement d’années pour parvenir à un langage personnel qu’il est logique de ne pas vouloir quitter cette zone de relatif confort et d’aboutissement. Ajouté à cela, il faut beaucoup de travail personnel, de temps, pour passer au-delà des parties écrites et se retrouver soi-même.
Pour ma part les parties de basse que je m’écris m’ont donné du fil à retordre…

En septembre 2020, autour d’une table, des amis me proposent de m’aider à réaliser un disque; c’est inespéré. Alors je fonce.
Ainsi naît Tiaré Productions.

Entre les disponibilités, les compétences, les nécessités musicales, me voilà en studio avec trois pianistes (!)
Le matériel musical est prêt, il y a donc Sharman Plesner au violon, André Ceccarelli à la batterie, Hervé Sellin et Giovanni Mirabassi au piano, mais aussi Jean-Michel Bernard alias JMB que je souhaite non seulement pour le piano, mais aussi pour tous les claviers dont il dispose.
Face à cette nouvelle instrumentation, je ne sais pas ce que vont donner toutes ces nouvelles combinaisons, mais par intuition je lâche totalement prise et laisse les choses se faire.
Du coup chaque morceau prend une nouvelle couleur que je découvre au fur et à mesure des prises en trois jours merveilleux mais trop intenses.
Trois jours seulement et j’étais certain de ne pas parvenir à tout enregistrer. Raisonnablement il fallait au moins trois jours de répétitions et cinq d’enregistrement.
Mais bon, la réalité se présente ainsi, je me fie uniquement à mon intuition et à mon enthousiasme et fonce.
Première chance : La veille du premier jour, après avoir installé du matériel, réglé mille détails, JMB sauve déjà le projet. Au pas de la porte il me dit :
« Ne perds pas de temps sur les détails, seule la mise en boîte du trio compte; trois jours, cela passe si vite. Tout le reste, tu peux le faire tranquillement par la suite. »
Ajouté à cela, il y a aussi les invités pour certains morceaux : Natalie Dessay, Eric Giausserand, Claude Egéa.
Surtout ne pas les faire trop attendre. Heureusement c’est l’été indien, le jardin est somptueux, du coup les musiciens inactifs en profitent pour discuter derechef. Un immense merci à JMB et Dame Kimiko pour leur accueil on ne peut plus chaleureux et pour la logistique.
Le dernier jour, dernier morceau, c’est le scherzo-tarentelle de Wieniawski; long et difficile partition aux changements incessants et irréguliers de temps. Ma raison me dit que l’on n’y arrivera pas, mon intuition que si.
Miracle, section après section, tout se règle, s’enchaîne, et on en vient à bout.
Ouf ! Encore une fois un immense merci à chaque musicien.
Et pas un seul problème d’ego, juste des artistes de haut vol qui veulent faire de la musique.

Quelques jours plus tard, Sharman refait certaines parties de son choix, puis je refais quelques basses car occupé à diriger le projet, je n’avais pas le temps de m’appliquer.
Puis avec JMB, on passe des semaines entières, à écouter, à couper, à ajouter du piano, du Rhodes, du synthétiseur, des percussions, on essaie des montages différents etc.
Je commence à m’impatienter. Deuxième conseil de JMB : « Ta musique que je découvre est tellement aboutie et de qualité, que tu vas prendre le temps nécessaire ! Tu ne bâcles rien, car sinon, tu le regretteras toute ta vie. »

Plus tard je décide d’ajouter de la guitare, et du vibraphone.
Tiaré Productions me dit en riant : « D’accord, mais après c’est terminé ».
Philippe Hervouët à peine croisé chez JMB écoute et veut le faire, et se met au travail d’arrache-pied car les deux partitions que je lui confie sont ardues. Bravo !
Jean-François « Padre » Durez vient enregistrer le vibraphone et quelques percussions. Une prise, c’est excellent, quel métier !

Puis on découvre un problème technique, il faut refaire les trompettes…Eric et Claude reviennent avec le sourire.
Natalie Dessay revient faire une voix, elle n’est jamais auto-satisfaite, qualité merveilleuse, et du coup j’écris aussi pour laurent Naouri (cf. Mother Land)

Puis arrive le temps du mixage, interminable à cause de la covid. Guillaume est à Bruxelles, moi à Paris.
Troisième conseil de JMB : « Quoique tu fasses, l’important c’est que cela te plaise à toi car chacun aura un mixage différent dans sa tête. »

Pour chaque morceau, Guillaume fait un premier essai, me l’envoie, j’écoute puis commente par écrit à la seconde près ce qu’il manque ou qui est trop présent; cela prend beaucoup de temps.
Je lui envoie ces observations, il réécoute, repère, corrige, et rebelote me renvoie le tout…j’écoute, affine, note et renvoie … Infernal mais on s’y tient.
Merci Guillaume.
Entretemps, nous décidons de changer le panoramique, c’est-à-dire la disposition des instruments; il faut presque tout recommencer…
Il y a aussi des semaines où rien ne se fait car soit Guillaume n’est pas disponible, soit c’est moi qui suis occupé à autre chose.

Bien sûr Tiaré Productions écoute chaque étape, puis valide. J’adore ne plus être seul et de construire avec une équipe.

Tout cela nous amène au 23 Mars 2021.

C’est fini ? Non, JMB et moi décidons de rajouter quelques pièces. Et hop, re-studio, montages, mix…
La musique a pris encore une autre direction, j’adore et Tiaré Productions…aussi.

Maintenant il faut choisir un ordre. Mais comment faire lorsqu’il y a des pièces classiques remaniées en y incorporant un ou des éléments totalement étrangers à l’œuvre originale, des morceaux de jazz, une chanson, des compositions sans étiquette, un thème très connu de musique de film, et même une valse musette-jazz ?
Publie-t-on un album avec la partie plus classique, et un autre avec celle plus jazz ?
Dans ce cas-là où met-on une chanson, et les morceaux dits « World music » parce que je ne vois pas d’autre mot ?

Et bien non, l’ordre (le sequencing) consistera à juste se préoccuper de comment on passe d’un titre à un autre, de bâtir une histoire cohérente.

Mai 2021
J’ai en tête un morceau entendu une fois en fin de répétition il y a trois ans.
C’est reparti, arrangement, enregistrement, mix et re-mix.
20 Mai 2021, c’est bon, le disque on l’arrête là.

Si je raconte tout cela, c’est pour exprimer le bonheur de cette nouvelle expérience pleine de surprises.
J’ai retrouvé des musiciens un peu perdus de vue, en ai rencontré d’autres, ai provoqué des associations inédites, et trouvé un nouvel ami.

C’est bien un Meeting Point.

Meeting Point, envolée 1

1- Mother Land : Assis un matin du printemps 2008 au bord du Gave d’Oloron, en Béarn, le temps s’arrête; je reste là immobile, méditatif au bord de l’onde. Et Je pense qu’en ce même instant il y a de par le Monde beaucoup de gens dans la même situation : l’émerveillement face à la Nature.
Une mélodie simple, cette ode à notre mère Terre me passe par la tête, vite je la note. Au fil du temps et des concerts je l’orchestre de plein de façons, et, pour cet album, je décide d’harmoniser avec des cordes, d’ajouter une harpe, et la voix de Natalie Dessay.
Pour les cordes, pris par le temps, la logistique, je demande à Sharman d’enregistrer le violon solo, puis un violon 1 et un violon 2, puis un alto 1, et enfin un alto 2.
Et bien oui, elle joue des deux instruments et lit indifféremment les parties de l’un et de l’autre, mélangeant les clefs de sol, d’Ut 3, d’Ut 4 et de Fa…écœurant.

Juste avant de partir au studio, Laurent Naouri, mari de Natalie a la même idée que moi; puisqu’il vient au studio, pourquoi ne pas chanter ? Vite je griffonne quatre voix que je double, pour la coda, c’est-à-dire la dernière partie du morceau.
Le chœur de quatre Dessay et de quatre Naouri, et les violons et alti de Sharman, le vibraphone, la harpe…miam miam…j’en veux encore.

Pour la harpe, la personne choisie m’apprend la veille qu’elle est malade et que quelques jours avant dans son entourage proche, il y a un cas de covid.
Putain, ce virus, en plus, n’aime pas la musique, même confinée…
Que faire ?
JMB : « Connais-tu Lady Joyenval ? »
Moi : « De nom oui, Lalo Schifrin m’en a souvent parlé mais elle doit être très âgée, et vivre certainement à Los Angeles ? »
JMB : « Erreur : elle vit pas loin de chez moi, je l’ai rencontré chez des amis communs. On l’appelle ? »
Moi : « Chiche ! »
Quelques jours plus tard, la dame arrive, partition en main, on lui installe sa harpe, elle met son casque, et hop, une prise, c’est fait, puis une deuxième voix en re-recording.
Elle range ses affaires, son aide s’occupe de la harpe, et elle nous dit de son bel accent Anglais : « Mes enfants, je ne joue plus professionnellement, mais votre pièce m’a plu, et puis, nous avons un ami commun : Lalo Schifrin.
It was a very pleasant moment, thank you, good bye »
Elle part et je dis à JMB : « Dans Out of Africa, il y a cette réplique extraordinaire : Lorsque les Dieux veulent vous punir, ils exhaussent vos vœux. »

2- Après un rêve : Combien de fois ai-je entendu cette somptueuse mélodie, par des chanteurs, des violonistes, des violoncellistes, et des contrebassistes ? Beaucoup.
Mais dès la première écoute je m’ennuie de cet accompagnement sage. Attention je ne parle que de la forme car le sens de l’harmonie de Fauré est un enchantement.
Dans ma tête jeune j’entends autre chose; j’imagine ce que Hank Jones ou Oscar Peterson jouerait; je le visualise vraiment.
Alors quelques décennies plus tard, eh bien faisons-le !
A. C. Jobim aurait pu écrire ce thème et la bossa nova est naturelle sur cet air.
Mais j’ai tenu à commencer par la partition originale, puis entraîner le morceau vers une nouvelle lecture, en passant par un hommage inconscient à Lalo Schifrin, et, revenir au classique à la fin comme l’on rentre chez soi après un bon voyage. Hervé Sellin est impérial, trouvant l’équilibre entre l’écriture originale, et la liberté du jazzman.
Plus tard, en travaillant au montage JMB me dit : « c’est bien, mais ça ne suffit pas » Alors on retravaille ce morceau.
Mention spéciale à Giovanni Mirabassi pour la dernière note, ce do que nous plaçons parfaitement ensemble, à chaque prise, sans se voir, chacun dans sa cabine. Le Temps est le même, évident.

3- South West : Ayant réuni Claude Egéa et Eric Giausserand pour Legrand Enchanteur et Bach + 6, et présenter en soliste Claude pour C. T. je fais de même pour Eric.
Au-delà de l’équité, je souhaite lui permettre d’exprimer sa sensibilité et son goût car on le connaît surtout pour son « métier » de premier trompette, spécialiste de l’aigu, oubliant qu’il adore jouer tranquille dans le grave et le médium; Eric est un Chet Baker caché.
J’ai pensé à South West, composition de jeunesse (1987) signifiant ma récente arrivée à Paris, déchiré entre l’aventure de la capitale où tout se passe, et l’abandon de ma terre, mon Sud-Ouest. Je propose le morceau à Eric qui l’adore tout de suite, en partage l’histoire, car comme il le dit « Nous les provinciaux, on arrive tous à Paris par une gare, quittant sa province ».
Ok, on décide de l’enregistrer en duo « tranquille »
On fait trois prises, puis on écoute; laquelle choisir ? Aucune idée.
C’est Guillaume le preneur de son qui trouve « laissez-moi quelques secondes »
Puis il nous fait écouter une version vraiment mieux. « Comment as-tu fait ? »
« Ben, j’ai pris le thème d’une version, un chorus d’une autre etc… »
Bravo. C’est là où la technique d’enregistrement, tous les outils du studio prennent leur place musicale. J’adore.

4- Bach + 4 : Comment réaliser un tel projet sans célébrer ce n’est par le patriarche Universel de la musique ?
Cette invention n°4 que j’ai beaucoup jouée avec Boulou Ferré, je l’ai naturellement associée à la guitare et à l’Espagne; sans réfléchir ni conceptualiser, la partition s’est écrite comme une dictée. Comme j’ai ajouté quatre voix, le titre m’est apparu…

5- Bach + 6 : Un jour Sharman et moi nous amusons à lire toutes les inventions de Bach.
L’invention n°6 me coupe le souffle. C’est incroyable comment Bach joue sur le rythme, avec une voix sur le temps, l’autre presque toujours à contretemps; l’harmonie se trouve donc à cheval sur deux notes. Et Il se dégage une telle gaieté à mon sens que j’ai l’impression d’être à un mariage Mexicain, une fiesta.
Tiens…et pourquoi pas ?
Alors j’ajoute quatre voix, guitare, vibraphone, et deux trompettes; d’où le titre très intelligent !
C’est l’occasion de réunir deux immenses trompettistes Eric Giausserand, et Claude Egéa.Je suis particulièrement heureux du rapport violon-trompette.
Pour l’interlude de deuxième fois, après l’enregistrement, je demande à Eric et à Claude la faveur d’oser faire les fous et de s’abandonner dans le suraigu. Ils me regardent les yeux grand ouverts, et se précipitent vers leur poste comme deux garnements que l’on vient d’autoriser à aller jouer dehors.
Eric se retourne et me demande : « Dis, L’Espagnol (c’est ainsi qu’il me surnomme)
une question : est-ce qu’on a le droit de vibrer ? »
« Vous avez ma bénédiction » je réponds.
« Super, parce que cela fait quarante ans de studio où on nous l’interdit »
Ils enregistrent puis l’on réécoute en cabine. Je félicite Claude pour cette dernière phrase très très haute, et il me montre Eric du doigt en précisant : « C’est pas moi, c’est lui; ce type est fou »
Eclat de rire général.

6- Running Water : Encore une histoire d’eau. Rien à faire, la voir couler, écouter le clapotis, cela m’émerveille. Enfant, lorsque les cantonniers ouvraient les vannes pour nettoyer les caniveaux, je restais longtemps hypnotisé par ce mouvement, les reflets, et le son. C’est grave, docteur ?
C’est donc une méditation. Sharman a décidé d’improviser et fait entendre ses origines Texanes.

7- Legrand Enchanteur : J’ai rencontré Michel Legrand pour un concert à Cassis en 1993, où jeunesse oblige, je l’avais invité pour jouer (!) et il avait accepté, en suggérant cependant de venir avec son batteur André Ceccarelli…j’avais accepté, ha ha !
Concert réussi, Michel est ravi de notre rencontre; puis je me « cache »; je ne veux pas qu’il me rappelle lui ayant fait croire que je ne lisais pas la musique.
En novembre 2009, retrouvailles et jam-session à Saint-Germain-des-près (cf. Jazz Café Chez Papa)
Deux jours après son agent m’appelle pour jouer un concert télévisé à Varsovie.
Le lendemain Michel appelle lui-même pour deux concerts en France et un autre en Géorgie…bref cela a duré dix ans jusqu’à ce qu’il nous quitte.
Dès le retour de Tbilissi j’ai l’idée d’écrire un thème très « Legrand » mais impossible de trouver une deuxième partie, un pont dans notre jargon, qui me convienne. J’y reviens régulièrement, mais rien ne me satisfait.
Quelques jours après son départ fin janvier 2019, hop, l’idée jaillit. Peut-être est-ce la peur d’oser le lui montrer qui m’empêchait de le terminer ?
Je préfère croire qu’il me l’a dicté.
Je propose la maquette à Natalie qui veut le chanter, sans paroles, et pour l’arrangement j’ajoute les deux trompettes qui viennent dialoguer avec la voix et le violon.
Ce morceau doit être à l’image de sa musique : une mélodie d‘apparence simple, du mouvement, des envolées, du sérieux recouvert de légèreté, au bon sens du terme.

8- Prélude (Maurice Ravel) : Que faire ? Je ne vois que deux solutions. Soit comme un Picasso, démonter complètement la partition et la reconstruire de façon totalement différente, soit rester au plus près et jouer sur les timbres et les voix, la lumière. La première option permettrait de s’amuser follement, mais d’une part, je l’ai déjà fait sur les inventions de J. S. Bach et donc, je tomberais dans le piège de la répétition d’une idée. Non, je ne veux pas « décliner une recette »
Et d’autre part, c’est Ravel ! C’est-à-dire le point culminant de la Musique Française, l’aboutissement absolu d’un esthétisme, d’une finesse, d’une élégance parfaite.
Je demande donc au pianiste Jean-Michel Bernard (JMB) de prendre juste un peu de liberté, mais de façon à ce qu’on la ressente, sans vraiment l’entendre; tout est dans ce dosage délicat. Pour ma part je fais exprès de m’approprier la voix de basse de la main gauche du piano et de la grossir. Et puis j’inverse parfois les voix. En somme je fais comme si j’accrochais un tableau de maître pour une exposition et construit un cadre et un éclairage.
Passionnant exercice.

9- Valse de l’Amiral : C’est ma première composition en 1978; j’ai seize ans et suis accordéoniste de bal. Sans le savoir, le pont (refrain) c’est du Legrand…prémonition ?
A peine écrit, je cache la partition dans un tiroir et ne la sort qu’en 2000 pour l’album en duo avec Christian Escoudé « Express 137 A » pour lequel nous construisions une répertoire.
C’est à Christian que j’ose montrer ce morceau car je sais qu’il connaît la valse musette, et il me convainc de l’enregistrer. Une fois répétée il a ce commentaire fraternel: « Ta valse, c’est quand même un os ! » En jargon cela signifie que c’est difficile à jouer sur la guitare.
Sharman l’a adopté tout de suite. Hervé est parfait malgré un méchant arpège : « Dis-donc tu aurais dû appeler Michel pour ce morceau, les arpèges, c‘est sa spécialité. »
Quand à André, je pourrais écouter que la piste enregistrée de la batterie : le grand art de la valse musette au balais.

10- Bouss Lope : Un jour, en tournée avec Two Bass Hits, projet à deux contrebasses avec mon mentor Ray Brown, et Jacky Terrasson au piano, succédant à Dado Moroni, nous sommes en coulisse et pendant que je me chauffe, je joue ce riff de basse.
Ray m’apostrophe : « J’aime ça, Bouss; c’est tellement toi. c’est ton lope »
Je ne connaissais pas encore ce mot « lope »
En 2002, je suis à Pittsburgh, sa ville natale, Ray est chez lui à L. A., et nous passons une heure au téléphone. Il me dit : « Le jour où tu apprendras que je suis parti, fais-moi plaisir, prends ta basse, et joues ton pattern, ton Lope ». Quelques mois plus tard en juillet, le téléphone a sonné…
Plus tard nous l’avons joué avec Niels Lan Doky, Daniel Humair, Rick Margitza, et Randy Brecker.
Dès le morceau déchiffré Randy se retourne et dit : « Ray Brown a raison, c’est ton lope, Bouss ».
Dans cette version, JMB s’est saisi du morceau, parfaite occasion de s’amuser avec le jouet, pardon les jouets de son choix; et il en a beaucoup ! Il a retenu le piano Rhodes. Nuit après nuit, je reçois une nouvelle version, chaque fois plus belle. Lorsqu’on sent que c’est la bonne version, je suggère qu’il ajoute une piste avec son tout nouveau jouet, le synthétiseur Moog One 16. Le lendemain, j’écoute : Magique !
Quant au couple basse-batterie, vraiment, soit on est sourd ou fou, ou les deux, mais ça sonne terrible.
André Ceccarelli…souplesse, aisance, puissance…une Rolls.

11- Scherzo-Tarentelle : Depuis 1981, ce morceau entendu sur France Musique me trotte dans la tête mais impossible d’en trouver le titre car je ne parviens qu’à murmurer ou grogner quelques notes aux violonistes interrogés. Début 2020, Eurêka !
Le violoniste Hugues Borsalero m’en donne le titre : Scherzo-tarentelle de Henryk Wieniawski.
J’en parle à Sharman Plesner qui me dit « Mais tu es fou, ce morceau de concert m’terrorisé quand j’étais enfant. tu veux vraiment le jouer ? »
Lorsque je lui fais écouter la version époustouflante de J. Heifetz, puis celle, à mes oreilles magnifique, de D. Oïstrakh…elle se met à le retravailler !
Je n’ai pas changé une seule note de la partition de violon, mais en revanche j’ai voulu montrer ce que j’entends comme accompagnement, sur des pulsations différentes : Jazz, Afro, Bossa Nova, Samba.
C’est le dernier morceau enregistré par le groupe et tout de suite après la dernière note, André Ceccarelli s’est levé, épuisé et a dit : « Ton truc, wow, c’est aussi difficile que du Martial Solal. »
Et la difficulté pour Sharman au violon, est qu’il n’est plus question de disposer d’un pianiste qui accompagne, qui suit, mais d’interagir avec un trio de jazz qui joue sans retenue. C’est cela mon idée de réunir le classique et le Jazz; d’où la difficulté de trouver des musiciens qui ont la capacité et la volonté d’abandonner la zone de confort et d’habitude pour tenter une aventure. Les deux albums sont dans cet esprit-là. Pour ma propre partition je ne me suis pas épargné non plus.
Hervé Sellin, lui, a résumé la chose après l’enregistrement par « Tu sais maintenant pourquoi je te déteste… »

Meeting Point, envolée 2

1- Dr Bitino : Mai 2021. |es deux albums sont finis, mixés, l’ordre des morceaux est terminé, mais un matin : ”Allô, Jean-Michel, c’est quoi ce morceau que tu as joué il y a quelques années à la fin d’une répétition chez toi ?”
JMB : « C’est une de mes compositions qui traîne sur mon piano. »
Moi : « Peux-tu me faire passer la partition s’il te plaît ? »
A peine reçu, je l’écoute plusieurs fois; je veux l’enregistrer; donc je dois l’arranger. Mais comment ? Sur l’instant, pas d’idée valable.
Le lendemain, ça y est, je sais : ce sera un dialogue non symétrique entre violon et piano, puis l’orgue prend la parole, et enfin la contrebasse met son grain de sel; la fin prend son temps pour tous se quitter tranquille.
Je remonte à Paris vite, on l’enregistre et mixe en suivant.
Ce morceau, c’est un bol d’air frais; c’est l’envie de prendre la route tôt le matin, soleil levant, de partir en voiture pour une journée à la campagne.
Ces deux solos d’orgue et de piano me font penser à Nougaro annonçant Eddy Louis et Maurice Vander; superbe; bravo JMB.

2- KB 19 : C’est la référence d’un avion de voltige, un monoplace de 300cv, une merveille de conception et de fabrication Française (Avions Mudry à Bernay en Normandie)
Entre 1992 et 1998 j’ai eu le virus de l’aviation et de la voltige aérienne.
Un jour je m’installe dans la bête au repos dans son hangar, rêvant de voler avec. Je sens qu’elle bouge; l’instructeur Gimenes (Gim) et Michel le mécano sont chacun à un bout d’aile. Gim me dit « chut, ne bouge pas ». Ils sortent l’avion, Gim vient au bord du cockpit, me donne les instructions pour la mise en route moteur, quelques paramètres de vol pour le décollage et l’atterrissage, descends de l’aile et ajoute : « je te suis à la radio »
J’ai été lâché sur le CAP 231 par surprise; un magnifique cadeau. Merci Gim et Michel.
Alors j’ai composé ce morceau pour célébrer cet avion exceptionnel que j’ai beaucoup observé faisant de la calligraphie dans le ciel.
Le pilote acrobate ici est Giovanni Mirabassi.

3- C. T. : Ce sont les initiales de Clark Terry, trompettiste de génie, et un grand monsieur. Maurice André dit de lui que « c’est la plus belle embouchure qu’il a jamais entendue. »
J’ai eu la chance de jouer avec lui, y compris un concert en duo (!) et j’ai adoré son disque original en quintet « Serenade to a Bus Seat » en quintet avec Johnny Griffin.
Je lui chante cette composition, lors de notre dernière rencontre au festival de Monte-Carlo, et presqu’immédiatement, il la chante aussi et me demande de l’enregistrer pour qu’il l’entende.
Le temps a passé, Clark est parti, mais je crois qu’il l’entend par la voix de Claude Egéa.

4- Valse du Luxe : il n’est pas question ici de marques prestigieuses.
Si tout se passe bien, on naît et on grandit avec l’amour d’une maman. J’ai eu cette chance, ce luxe.
Ce morceau est mon hommage à toutes les Mamans du Monde.

5- Victor et Hugo : Premier confinement, mars 2021…
Sarah Mckenzie me propose que l’on écrive chacun une composition une fois par semaine et que l’on se l’envoie. Excellente idée, mais on n’a tenu trop peu de temps.
En 2013, j’ai rencontré avec Sharman un petit ours en peluche à Copenhague, que depuis, je trimbale partout (!)
Pour Noël 2018, Sarah et Burkhard sont à Paris, et nous dînons ensemble. Alors eux qui voient tout le temps Victor depuis des années, m’offre un autre tout petit ours.
Comment l’appeler ? Hugo Lippi le guitariste suggère « Hugo » et précise :
« Ainsi cela fait Victor Hugo ! »
Pour ce morceau l’idée était d’écrire un thème simple, comme le sont les standards de jazz; je n’ai pu résister à une introduction et une fin Be-bop, on ne se refait pas.

6- Pavane de la belle au bois dormant (M. Ravel) : Sharman Plesner m’a fait découvrir cette pièce.
Impossible de toucher à une note, de triturer; ce n’est pas de la pudeur envers M. Ravel, mais je ne vois aucun intérêt à ajouter des improvisations incertaines par exemple, ou de modifier des harmonies. Cette musique est telle qu’elle est, magnifique et aboutie.
Alors le travail a été la discipline de l’adaptation (passionnant) en ne jouant que sur les timbres. J’ajoute toutefois un ostinato de basse qui me semble ne pas interférer avec l’œuvre originale. Me permettez-vous M. Ravel ?

7- Mission impossible : En 2010 je publie un album de contrebasse solo jazz
(Pour ou Contrebasse) projet hautement commercial !
J’y montre différents aspects de l’instrument, jouant des thèmes, improvisant, montrant des lignes de basse, mû par l’envie de partager mon amour du pizzicato jazz, la conscience de remercier mes mentors, et de montrer ce merveilleux instrument qu’est la contrebasse.
Pour ce morceau, je me suis amusé à jouer toutes les parties (mélodie, accompagnement, harmonies, et même percussion) seul, en enregistrant voix par voix, puis en les empilant; cela s’appelle du re-recording.
Lalo Schifrin et sa femme Donna ont adoré; c’est ma mission impossible.
Tiaré Productions souhaitaient une pièce en solo; j’ai pensé que ce morceau complète bien cet album patchwork.

8- Mimi and June : Ce sont deux amis Américano-Japonais qui m’ont spontanément et maintes fois prêté leur maison dans le Béarn à un moment difficile. J’ai écrit ce Blues et ai laissé la partition sur leur réfrigérateur en 2007…
JMB propose de l’enregistrer au Wurlitzer, piano électrique des années 70, bien trafiqué toutefois. Puis j’ai l’idée de lui faire ajouter de l’orgue Hammond B3. Une fois enregistré, je lui dis qu’il manque une ligne de basse pour accompagner mon solo. En effet, le plus souvent lorsque la basse joue un solo il n’y a plus de trio rythmique derrière; ce n’est pas juste. « Ah bon, tu veux ressortir ta contrebasse, maintenant que tu as tout rangé ? »
Non, je vais la jouer à l’orgue !
Quant à JMB et son sens du Blues, que je découvre, pas étonnant qu’il est fait le tour du monde dans l’orchestre de Ray Charles, cqfd.

9- Jazz Café Chez Papa : J’ai joué bien des années dans ce restaurant à Saint-Germain-des-Prés et ce lieu, dès le premier jour m’a touché. On est à Paris tout en imaginant que l’on pourrait être n’importe où en France. La musique doit y être fraîche, naturelle, impromptue, ouverte aux rencontres. Le patron Michel Dassaut en est l’âme et impose cet esprit. Ce morceau est dans cet esprit; une mélodie simple, du jazz « tout droit », direct.
Comme par hasard JMB me suggère de compléter l’album avec des morceaux simples, car il a raison, tout est très écrit et très dense. Et bien oui, vingt avec Lalo Schifrin, dix ans avec Michel Legrand, cela fait trente ans d’orchestrations denses et subtiles, remplies de contre-chants en tous sens.
Jazz Café Chez Papa, c’est d’ailleurs là qu’un soir nous nous sommes retrouvés avec Michel Legrand, perdu de vue après une première rencontre dix ans plus tôt
(cf. Legrand Enchanteur). Il passait dans la rue, a entendu des notes de notre duo avec le pianiste Ahmet Gülbay, et il est entré pour voir.
« Bonsoir messieurs; ohhh ! Pierre Boussaguet, ça fait longtemps…je peux jouer un morceau ? »
La tête des clients attablés…
Quand je pense que mon entourage me disait que je m’endormais dans un resto de Saint-Germain…quelle analyse.
Bref, je tiens à rendre hommage à ce lieu spécial, et par extension à ce quartier où dans les années 90 il y avait six clubs de jazz : Chez Papa, le Bilboquet, Hôtel Latitude, La Villa, le Montana, et Le Village.
Arrivé en 1985 à Paris, je partageais mes nuits entre le Bilboquet, à Saint-Germain, et le Petit Opportun, au Chatelet. Marc Hemmeler, qu’aimait beaucoup Stéphane Grappelli, Guy Lafitte, Michel Legrand, Ray Brown, Milt Jackson, et Lavelle, entre autres, m’a beaucoup appris, sans cadeau certes.
Luigi Trussardi, le bassiste du trio, m’a poussé énormément, comme un grand frère,
et le batteur Fifi Combelle toujours bienveillant.
Tant de musiciens, de comédiens, de peintres, de cinéastes, d’artistes en tous genres sortent de la rue Saint-Benoît, de Saint-Germain.
Aujourd’hui il ne demeure que Chez Papa…Le reste ce sont des hôtels sélect, des restos sélect, des boutiques sélect, alors que nous tous on a connu la rue de la musique… select. La nuit a été tuée; c’est ainsi, mais comme le dit le proverbe Espagnol : « On ne peut pas enlever ce que j’ai déjà dansé . »

10- NHØP : Ce sont les initiales de Niels Henning Ørsted Pedersen, le contrebassiste Danois.
Le jour de son départ prématuré en avril 2005, j’ai pris conscience de l’amour que j’ai toujours eu pour cet immense musicien qui joue de la contrebasse comme personne n’en joue, même aujourd’hui. Outre sa technique et sa virtuosité inégalées, j’adore le legato qu’il a sur toute la tessiture de la basse, à l’opposé du pic-pic-pic habituel dans l’aigu. Cela lui permet de phraser un solo comme n’importe quel autre instrument de l’orchestre tout en donnant du poids dans le rôle de bassiste.
On oppose souvent Ray Brown et NHØP.
Je ne connais rien de mieux que l’attaque de l’un, si ce n’est le lyrisme et legato de l’autre. Comme par hasard, ils ont été le bassiste du patron…Oscar Peterson; no comment.
Ce jour d’avril 2005, j’étais tellement mal que je me suis assis au piano ai composé cette balade d’un trait.

11- Tales : C’est une mélodie que j’ai voulue comme un standard, c’est-à-dire avec un verse (un récitatif).
C’est une version instrumentale. Plus tard Deborah Brown a écrit de belles paroles, l’histoire d’un amour qui se révèle à Barcelone…D’accord ce sera pour le prochain disque !

12- Mother Land : Assis un matin du printemps 2008 au bord du Gave d’Oloron, en Béarn, le temps s’arrête; je reste là immobile, méditatif au bord de l’onde. Et Je pense qu’en ce même instant il y a de par le Monde beaucoup de gens dans la même situation : l’émerveillement face à la Nature.
Une mélodie simple, cette ode à notre mère Terre me passe par la tête, vite je la note. Au fil du temps et des concerts je l’orchestre de plein de façons, et, pour cet album, je décide d’harmoniser avec des cordes, d’ajouter une harpe, et la voix de Natalie Dessay.
Pour les cordes, pris par le temps, la logistique, je demande à Sharman d’enregistrer le violon solo, puis un violon 1 et un violon 2, puis un alto 1, et enfin un alto 2.
Et bien oui, elle joue des deux instruments et lit indifféremment les parties de l’un et de l’autre, mélangeant les clefs de sol, d’Ut 3, d’Ut 4 et de Fa…écœurant.

Juste avant de partir au studio, Laurent Naouri, mari de Natalie a la même idée que moi; puisqu’il vient au studio, pourquoi ne pas chanter ? Vite je griffonne quatre voix que je double, pour la coda, c’est-à-dire la dernière partie du morceau.
Le chœur de quatre Dessay et de quatre Naouri, et les violons et alti de Sharman, le vibraphone, la harpe…miam miam…j’en veux encore.
Quant à JMB, quelques semaines plus tard, c’est parti : et je trafique le son du Rhodes, et je refais un chorus, et j’ajoute des effets de toutes les sortes, et je fais tel montage, et je corrige ceci, cela, bref le garnement est dans sa salle remplie de ses jouets; plusieurs fois je me suis endormi sur le fauteuil pendant qu’il s’amusait !
Pour la harpe, la personne choisie m’apprend la veille de la séance d’enregistrement qu’elle est malade; dans son entourage proche, il y a un cas de covid.
Putain, ce virus, en plus, n’aime pas la musique, même confinée…
Que faire ?
JMB : « Connais-tu Lady Joyenval ? »
Moi : « De nom oui, Lalo Schifrin m’en a parlé mais elle doit être très âgée, et vivre certainement à Los Angeles ? »
JMB : « Erreur : elle vit pas loin de chez moi, je l’ai rencontré chez des amis communs. On l’appelle ? »
Moi : « Chiche ! »
Quelques jours plus tard, la dame arrive, partition en main, on lui installe sa harpe, elle met son casque, et hop, une prise, c’est fait, puis une deuxième voix en re-recording.
Elle range ses affaires, son aide s’occupe de la harpe, et elle nous dit de son bel accent Anglais : « Mes enfants, je ne joue plus professionnellement, mais votre pièce m’a plu, et puis, nous avons un ami commun : Lalo Schifrin.
It was a very pleasant moment, thank you, good bye »
Elle part et je dis à JMB : « Dans Out of Africa, il y a cette réplique extraordinaire : Lorsque les Dieux veulent vous punir, ils exhaussent vos vœux. »

Professional life as a double bassist-accompanist naturally brought me to rub shoulders with many different artists, each with their time, their space, their poetry, their music, in short, their personality. The role of the bassist is to put himself at the service of others, “to find good notes and an adequate pulse” to help their expression; it is difficult and exciting.
From bal musette (accordion dance music) to Michel Legrand, from duos to symphonic works, through song and free jazz, and even a little bit of rock, I have always found that each piece of music is difficult to play well.
And it is the seemingly simple pieces or passages that often pose a problem.

Jazz has been my heartfelt choice, of course, but I have always written music, often something other than jazz, and have listened to a lot of classical music and french songs (chanson Française), a idiom in which the music is there to serve the text.
During this time my drawers filled with music scores waiting to exist.

So today, with all these experiences and unused music, I chose to record and play things that I love, with musicians that I love.
I decided not to worry about it being stamped as jazz, song, classical, funk, waltz, tango, or any label: They are a real patchwork.
For classical pieces, the interesting thing is to change their wardrobe, and to offer another outfit. Each concert that we gave for connaisseurs was very warmly received.

Such a project mixing many styles could confuse the public who knows me, triggering passions. Longtime friends have even accused me of denying their love … hard to hear that.
But then am I condemned to play only jazz, to be strictly the disciple, the protégé of Ray Brown? Funny, but the last piece of advice Ray gave me was to go out into the middle of a field and burn all of his albums. Authentic!
And he clarified, “You don’t need it anymore. Now you have to travel, explore, and that’s what will reveal the bassist, the musician that you are. And don’t worry, you won’t lose your swing, the injection was too deep.”
Twenty years with Lalo Schifrin and ten years with Michel Legrand have convinced me that he was right.
I started working on the “Meeting Point” project in 2010 for the creation of original music at the Beynes festival in France, bringing together Anne Gravoin’s string quartet and a jazz quartet. Hey, another album to make!
In 2013 I took up this idea, but based it on works from the classical repertoire, and chose a very specific and original instrumentation, without piano.
But from concert to concert I had to accept that musicians do not want to cross a certain line: It takes so many years to achieve a personal language that it is logical not to want to leave this zone of relative comfort and achievement. Added to that, it takes a lot of personal work and time to get past the written parts and to be oneself.
For me, the bass parts that I have written give me a hard time …

In September 2020 during a dinner, some friends offered to help me make a record; this was an unexpected surprise. So I went for it!
Thus, TIARÉ Productions was born.

Between availability, skills, musical needs, here I am in the studio with three pianists(!)
The musical material is ready, so there is Sharman Plesner on violin, André Ceccarelli on drums, Hervé Sellin and Giovanni Mirabassi on piano, but also Jean-Michel Bernard (JMB) whom I wish not only for the piano, but for the many keyboards that he has.
Faced with this new instrumentation, I didn’t know what all these new combinations would sound like, but by intuition I let go completely and let things happen.
Suddenly each piece took on a new color that I discovered while presiding over three wonderful but too intense days.
We only had three days in the studio and I was sure that we couldn’t record everything. Reasonably it would take at least three days of rehearsals and five days of recording.
But hey, reality check, I relied on everyone’s enthusiasm and we went for it.
First stroke of luck: The day before the first recording session, after having installed equipment and sorted out a thousand details, JMB had already saved the project. At the doorstep he said to me:
“Don’t waste time on the details, only focus on recording the trio; three days goes by so quickly. Everything else you can do quietly afterwards.”
Added to that, there were also guests artists for some songs: Natalie Dessay, Eric Giausserand, Claude Egéa.
I didn’t want them to wait too long at the studio while waiting for their turn. Fortunately, it was Indian summer, the garden was sumptuous, so the inactive musicians took the opportunity to chat. A huge thank you to JMB and Dame Kimiko for their warm welcome and for the logistics.
On the last day, the last piece was Wieniawski’s Scherzo-Tarantella, a long and difficult score with incessant and irregular changes of tempo and pulse. My reason told me that we would not succeed, my intuition said that it would.
Miracle, section after section, everything sorted itself out, linked itself together, and we finally completed it.
Phew! Once again a huge thank you to each musician.
And not a single ego problem, just top-notch artists who want to make music.

A few days later, Sharman came back to finish some of her parts, and then I did some bass parts again because I was busy leading the project and didn’t have time to apply myself.
Then with JMB, we spent entire weeks listening, cutting, adding piano, Rhodes, synthesizer, percussion; we tried many different edits etc.
I was then starting to get impatient. Second piece of advice from JMB: “Your music that I am discovering is so accomplished and of quality, that you will take the necessary time. You should not botch anything, because otherwise you will regret it all your life.”

Later I decide to add guitar, and vibraphone.TIARÉ Productions said to me with a laugh, “Okay, but after that it’s over.”
Philippe Hervouët whom I had barely met at JMB’s studio, heard a track and wanted to participate. He set to work with diligence because the two scores I entrusted him with are difficult. Well done!
Jean-François “Padre” Durez came in to record the vibraphone and some percussions. With only one take it was excellent, what a job!

Then we discovered a technical problem and had to redo the trumpets… Eric and Claude came back with a smile.
Natalie Dessay returned to do her voice; she is a perfectionist and rarely satisfied (a wonderful quality)
Then came the idea to write for Laurent Naouri, Natalie’s husband and famous baryton (cf. Mother Land)

Then came the time of mixing, which was interminable because of the covid; Guillaume, the sound engineer, was in Brussels, I in Paris.
Third piece of advise from JMB: “Whatever you do in the mix, the important thing is that You like it because everyone else will have a different esthetic idea in their mind.”

For each piece Guillaume did a first try, sent it to me; I listened and then wrote down to the second what was missing or overly present. This took lots of time.
I sent him my observations, he listened again, located, corrected, and resent it all back to me… I listened again, refined, noted and sent back again my observations… Hellish but we stuck to it.
Thank you Guillaume.
In the meantime, we decided to change the panoramic, that is to say the placement of the instruments. We almost had to start all over again…
There were also weeks when nothing got done because either Guillaume was not available or I was the one busy with other things.

Of course TIARÉ Productions listened to each step, then validated. I love not being alone anymore and building with a team.

All of this brings us to March 23, 2021.

Was it finished? No, JMB and I decided to add some parts. And hop, re-studio, editing, mixing…
The music has taken another direction, I love it, TIARÉ Productions… also.

Now we had to choose a program order. But what to do when there are classical pieces reworked by incorporating one or more elements totally foreign to the original work, pieces of jazz, a song, unlabeled compositions, a very famous theme of film music, and even a musette-jazz waltz?
Do we publish an album with a more classical section, and another with a more jazz section?
And in that case, where do we place a song, or a so-called « World music » piece ( because I don’t find another word )?

Well no, the order (sequencing) will be just have to be concerned with how you go from one title to another, building a cohesive story.

May 2021
I have in mind a song that I heard once at the end of rehearsal three years ago.
Here we go again, arranging, recording, mixing and re-mixing!

May 20, 2021, it’s good, the record stops here.

If I am telling you all of this, it is to express the happiness of this new experience full of surprises.
I found musicians who were a little lost to follow-up, met others, created new associations, and made a new friend.

It is indeed a “Meeting Point.”

Meeting Point, flight 1

1- Mother Land: Sitting one morning in spring 2008 on the banks of the Gave d´Oloron, a river in the Béarn region (southwest France)
Time stands still; I remain there still, meditating on the waves and thinking “right now there are a lot of people all over the world in the same situation: Marveling about Nature.”
A simple melody, this ode to our Mother Earth goes through my head, and I note it quickly. Over time and through concerts I orchestrate it in many ways, and for this album, I decide to harmonize with strings, add a harp, and the voice of Natalie Dessay.
For the strings, pressed by lack of time and logistics, I ask Sharman to record the solo violin, then a violin 1, a violin 2, then a viola 1, and finally a viola 2.
Well yes, she plays both instruments and reads the parts of each other with ease, switching from back and forth the treble clefs, Ut 3, Ut 4 and F… disgusting.

Just before leaving for the studio, Laurent Naouri, Natalie’s husband, had the same idea as myself; since he’s coming to the studio with Natalie, why not sing along? Quickly I scribble four voices that I double for the coda, that is to say the last part of the piece.
The choir of four Dessays and four Naouris, and Sharman’s violins and violas, vibraphone, harp… yum yum…I want more.

For the harp, the chosen person tells me the day before that she is ill because a few days before in her close entourage, there is a case of covid.
Damn, this virus, moreover, does not like music, even when confined…
What to do?
JMB: “Do you know Lady Joyenval?”
Me: “By name yes, Lalo Schifrin has talked to me about her a lot, but she must be very old, and certainly lives in Los Angeles?”
JMB: “Wrong: she lives not far from where I live, I met her with mutual friends. Shall I call her?”
Me: “Sure!”
A few days later, the lady arrives, sheet music in hand, we set up her harp, she puts on her headphones, and presto, a take is done, then a second voice is re-recorded.
She tidies up her things, her helper takes care of the harp, and she tells us in her beautiful English accent: “Children, I no longer play professionally, but I liked your piece, and then we have a mutual friend: Lalo Schifrin.
It was a very pleasant moment, thank you, good bye.”
She leaves and I say to JMB: “In the film Out of Africa, there is this extraordinary line: When the Gods want to punish you, they grant your wishes.”

2- Après un rêve (After a dream): How many times have I heard this sumptuous melody, by vocalists, violinists, cellists, and double bassists? A lot.
But from the first listen I find the accompaniment too « nice ». Be careful, I am only talking about the form because Fauré’s sense of harmony is enchanting.
In my young head I hear something else; I imagine what Hank Jones or Oscar Peterson would play; I really visualize it.
So a few decades later, well let’s do it!
A. C. Jobim could have written this theme and the bossa nova is natural on this tune.
But I wanted to start with the original score, then lead the piece to a new interpretation, passing by an unconscious homage to Lalo Schifrin, and, returning to the classic version at the end as one returns home after a good trip . Hervé Sellin is imperial, finding the balance between the original writing and the freedom of the jazzman.
Later, while working on the editing JMB said to me: “It’s good, but it’s not enough” So we re-work this piece.
Special mention to Giovanni Mirabassi for the last note, this C that we place perfectly together, at each take, without seeing each other, each in his cabin. Our “time feel” is the same, obviously.

3- South West: Having brought together Claude Egéa and Eric Giausserand for Legrand Enchanteur and Bach + 6, and presenting as a soloist Claude for C. T. I do the same for Eric.
Beyond fairness, I would like to allow him to express his sensitivity and his taste because he is known above all for his “job” as a first trumpet, a specialist in the treble register, forgetting that he loves playing quietly in the bass. and the medium range. Eric is a hidden Chet Baker.
I thought of South West, a youthful composition (1987) inspired by my recent arrival in Paris, as torn between the adventure of the big city where everything happens, and the abandonment of my land, the Southwest. I offered the song to Eric who immediately adores it, shares the story, because as he says “We provincials, we all arrive in Paris by train, abandoning our province.”
Ok, we decide to record it as a “quiet” duo
We did three takes, then we listened; which one to choose? No idea.
It is Guillaume the sound engineer who says “give me a few seconds.”
Then he makes us listen to a much better version. We asked “How did you do it ?”
“Well, I took the theme from one version, a chorus from another etc.”
Well done. This is where the recording techniques with all the studio tools find their musical place. I love it .

4- Bach + 4: How to carry out such a project without celebrating the Universal Patriarch of music?
The invention n° 4 that I played a lot with Boulou Ferré, I always naturally associated with the guitar and with Spain. Without thinking or conceptualizing, the score was written like a dictation. As I added on four voices, the title dawned on me…

5- Bach + 6: One day Sharman and I had fun reading all of Bach’s inventions.
Invention 6 takes my breath away. It’s amazing how Bach plays on the beat, with one voice on the beat, the other almost always on the off beat; the harmony therefore straddles two notes. And there is such a mirth in it to me that I feel like I’m at a Mexican wedding, a fiesta.
So… why not?
I add four voices, guitar, vibraphone, and two trumpets; hence the very clever title! (joking reference to the french diploma called baccalauréat, Bac)
This is the opportunity to bring together two huge trumpeters Eric Giausserand and Claude Egéa. I am particularly happy with the violin-trumpet relationship.
For the second time interlude, after the recording, I ask Eric and Claude the favor of daring to have fun and go crazy in the high register. They look at me with their eyes wide open, and rush to their posts like two rascals who have just been allowed to go outside and play.
Eric turns around and asks me, “Hey, the Spaniard (that’s what he calls me) a question: Do we have the right to vibrate?”
“You have my blessing” I reply.
“Great, because it’s been forty years of studio playing where it is prohibited.”
They record and then listen to it in the booth. I congratulate Claude on his last very, very high phrase, and he points to Eric, specifying: “It’s not me, it’s him; this guy is crazy.”
General burst of laughter.

6- Running Water: Another water story. Nothing to do, watch it flow, listen to the lapping, it amazes me. As a child, when the street cleaners opened the valves to clean the gutters, I remained mesmerized for a long time by this movement, the reflections, and the sound. Is it serious, doctor?
So it’s a meditation. Sharman decided to improvise and voiced her Texas origins.

7- Legrand Enchanteur: I met Michel Legrand for a concert in Cassis (France) in 1993, where youth oblige, I had invited him to play(!) He accepted, however suggesting to come with his drummer André Ceccarelli…and I accepted, ha ha!
A successful concert, Michel is delighted with our meeting; but then I play “hide and seek”  because I didn’t want him to call me for future work, as at that time I was a poor sight-reader. In November 2009, we met again at a jazz club in Saint-Germain-des-Près (Paris) and we jammed (cf. Jazz Café Chez Papa)
Two days later his agent called me and asked me to play a televised concert in Warsaw, Poland.
The next day Michel himself called me for two concerts in France and another in Georgia … in short, our collaboration lasted ten years until he left us.
As soon as I got back from Tbilisi I had the idea of ​​writing a very “Legrand” theme but I couldn’t find a second part, a “bridge” in our jargon, that suited me. I came back to it regularly, but nothing satisfied me.
A few days after his departure at the end of January 2019, eureka, the idea came. Maybe it was the fear of daring to show it to him that kept me from finishing it?
I rather believe he dictated it to me.
I offered the model to Natalie who wanted to sing it, without words. For the arrangement I added the two trumpets which come into dialogue with the voice and the violin.
This piece seems to be in the image of his music: a melody of simple appearance, movement, flight, seriousness covered with lightness, in the true sense.

8- Prélude (Maurice Ravel): What to do with it? I saw only two solutions. Either like Picasso, completely dismantle the score and rebuild it in a totally different way, or stay as close as possible and play with the timbres, the voices and the light. The first option would be a lot of fun, but on the one hand, I have already done it with the inventions of J. S. Bach and therefore, I would fall into the trap of repeating an idea. No, I don’t want to “repeat a recipe.”
As it’s Ravel, the culmination of French Music, the absolute master of aestheticism, finesse and perfect elegance, I opted for the second possibility.
I asked pianist Jean-Michel Bernard (JMB) to take just small liberties, in such a way that we sense them, without really hearing them; everything depends on this delicate dosage. For my part, I purposely take the bass voice with my left hand of the piano and make it bigger. And then I sometimes reverse the voices. In short, I act as if I were hanging a masterpiece for an exhibition and building a frame and lighting.
Exciting exercise.

9- Valse de l’Amiral (Admiral’s Waltz): This was my very first composition in 1978; I’m sixteen and a ballroom accordionist. Without knowing it, the bridge (chorus) is Legrand … a premonition?
As soon as I wrote it , I hid the sheet music in a drawer and did not take it out until 2000 for the duet album with Christian Escoudé “Express 137 A” for which we were building a repertoire.
It is to Christian that I dare to show this piece because he knows the real french valse musette, and he convinced me to record it. After rehearsing, he had this brotherly comment: “Your waltz is still a bone!” (translated from french slang meaning that it’s hard to play).
Sharman adopted it right away. Hervé Sellin plays it to perfection in spite of a nasty arpeggio: “Hey, you should have called Michel for this piece, arpeggios, that’s his specialty.”
As for André Ceccarelli’s brush-drumming, one could be happy listening only to the recorded drum track with the other instruments muted: He is the greatest.

10- Bouss Lope: One day, on tour with “Two Bass Hits”, a two-bass project with my mentor Ray Brown, and Jacky Terrasson on the piano, succeeding Dado Moroni, we are backstage and while warming up, I play this bass riff.
Ray says: “I like it, Bouss; it’s so You. This is your lope.”
I did not yet know this word “lope.”
In 2002, I’m in Pittsburgh, his hometown. Ray is at his home in L.A., and we spend an hour on the phone. He said to me: “The day you learn that I’m gone, please do me a favor: take your bass, and play your pattern, your Lope.” A few months later in July, the phone rang …
Later on we played it with Niels Lan Doky, Daniel Humair, Rick Margitza, and Randy Brecker.
As soon as we read the piece, Randy turns around and says, “Ray Brown is right, it’s your lope, Bouss.”
In this version, JMB seized on the piece, a perfect opportunity to have fun with a new toy, sorry, one of the toys of his choice; as he has a lot! He retained the Rhodes piano. Night after night, I receive a new version, each time more beautiful. When it felt like it was the right version, I suggested that he add a track with his brand new toy, the Moog One 16 Synthesizer. The next day I listened: Magic!
As for the bass and drums, really, either we’re deaf or crazy, or both, but it sounds terrific.
André Ceccarelli… flexibility, ease, power… a Rolls Royce.

11- Scherzo-Tarentelle: Since 1981, this piece heard on France Musique runs through my head but I couldn’t find the title because I only manage to whisper or growl a few notes to the violinists questioned. At the start of 2020, Eureka!
Violinist Hugues Borsalero gave me the title: Scherzo-Tarentelle by Henryk Wieniawski.
I spoke about it with Sharman Plesner who said: “But you’re crazy, this is a piece which terrorized me as a child; do you really want me to play it?”
When I had her listen to the breathtaking version of J. Heifetz, then the magnificent one of D. Oïstrakh… she became inspired to rework it!
I didn’t change a single note of the violin part, but instead I wanted to show what I heard as an accompaniment, with different rhythms: Jazz, Afro, Bossa Nova, Samba.
This is the final track the band recorded and right after the last note André Ceccarelli got up, exhausted and said, “Your thing, wow, it’s as hard as Martial Solal.”
The difficulty for Sharman on the violin is that it is no longer a question of having a pianist to accompany, who follows, but to interact with a jazz trio that plays without restraint. This is my idea of ​​bringing together classical and jazz; hence the difficulty in finding musicians who have the ability and the willingness to leave their zone of comfort and habit and attempt a new adventure. Both albums are in this spirit. For my own bass part I didn’t spare myself either.
Hervé Sellin summed it up after the recording by “Now you know why I hate you …”

Meeting Point, flight 2

1- Dr. Bitino: May 2021. The two albums are finished, mixed, the order of the songs is completed, but one morning: “Hello, Jean-Michel, what is the song that you played a few years ago at the end of a rehearsal at your place?”
JMB: “It was one of my compositions lying around on my piano.”
Me: “Can you send the sheet music for me please?”
Barely received, I listen to it several times; I want to record it so I’ll have to arrange it. But how? At the moment, no good idea comes to mind.
The next day, that’s it, I know! It will be a non-symmetrical dialogue between violin and piano, then the organ speaks, and finally the double bass puts its two cents in; the end takes its time for everyone to leave each other peacefully.
I got back to Paris quickly, we recorded it and did the mix.
This song is a breath of fresh air: it is the urge to hit the road early in the morning while the sun is rising, and spend a day in the countryside.
The two organ and piano solos remind me of Claude Nougaro announcing Eddy Louis and Maurice Vander; superb! Well done JMB.

2- KB 19: This is the reference for an aerobatic plane, a 300hp single-seater, a marvel of French design and manufacture (Mudry planes at Bernay in Normandy).
Between 1992 and 1998 I caught the virus of aviation and aerobatics.
One day I settled into the resting beast sitting in its shed, dreaming of flying with it. Suddenly I felt it moving. Instructor Gimenes (Gim) and Michel the mechanic are each at a wing tip. Gim said “Quiet, don’t move”. They got out of the plane, Gim came to the edge of the cockpit, gave me the instructions for starting the engine, some flight parameters for takeoff and landing, got off the wing and added: “I’ll follow you by radio.”
I did that one and only flight on the CAP 231as an unexpected surprise, a wonderful gift. Thanks to Gim and Michel.
This song was composed to celebrate this exceptional plane that I have observed a lot doing calligraphy in the sky.
The acrobat pilot here is Giovanni Mirabassi on piano.

3- C. T.: These are the initials of Clark Terry, a genius trumpeter and a great man. Maurice André said of him that he has “the most beautiful embouchure I have ever heard.”
I had the chance to perform with him, including a duet concert (!) I loved his original quintet record “Serenade to a Bus Seat” with Johnny Griffin.
I sang my composition to him when we last met at the Monte Carlo festival, and almost immediately he sang it back and asked me to record it so that he could hear it.
Time has passed, Clark is gone, but I like to think that he hears it through Claude Egéa’s voice.

4- Valse du Luxe (Luxury Waltz): Despite the title it isn’t about prestigious brands.
If all goes well, we are born and raised with a Mother’s love. I had this chance, this luxury.
This song is my tribute to all the Moms of the World.

5- Victor et Hugo: First confinement, March 2021 …
Sarah Mckenzie suggests that we each write a composition once a week and send it off. Great idea, but we didn’t last too long.
In 2013, I met a little teddy bear with Sharman in Copenhagen, whom I’ve been carrying around ever since(!)
For Christmas 2018, Sarah and Burkhard were in Paris and we are having dinner together. As they saw Victor accompany me for years on the road, decided that he needed a companion and gave me another small bear.
What shall we name him? Hugo Lippi the guitarist suggests “Hugo” and specifies:
“So that makes Victor Hugo!”
For this piece the idea was to write a simple theme, like a jazz standard; I couldn’t resist an introduction and a Be-bop ending; we always remain ourselves in the end.

6- Pavane de la Belle au Bois Dormant (Pavane of Sleeping Beauty, M. Ravel): Sharman Plesner introduced me to this piece.
Impossible to change a note, to touch it up. It is not modesty regarding M. Ravel, but I see no point in adding uncertain improvisations or modifying harmonies. This music is as it is, beautiful and accomplished.
The work involved the discipline of adaptation (exciting) playing only on the timbres. I did add, however, a bass ostinato that seems to me not to interfere with the original work. Would you allow me to do so, Mr. Ravel?

7- Mission Impossible: In 2010 I published a solo jazz double bass album
(Pour ou Contrebasse), a most lucrative project! (ha ha)
I show different aspects of the instrument, playing themes, improvising, showing bass lines, driven by the desire to share my love of jazz pizzicato and being aware of thanking my mentors, and of sharing this wonderful instrument that is the double bass.
For this piece, I had fun playing all the parts (melody, accompaniment, harmonies, and even percussion) alone, recording voice by voice, then stacking them; this is called re-recording.
Lalo Schifrin and his wife Donna loved it; this is my mission impossible.
TIARÉ Productions wanted a solo piece; I thought this track complements this patchwork album well.

8- Mimi and June Blues: These are two American-Japanese friends who spontaneously and many times lent me their house in the Béarn (France) at a difficult time in my life. I wrote this Blues and left the sheet music on their fridge in 2007 …
JMB offered to record it on the Wurlitzer, an electric piano from the 1970s, on which he added lots of effects. Then I got the idea of ​​getting him to add on some Hammond B3 organ phrases. Once recorded, I told him that he lacks a bass line to accompany my solo. In fact, most often when the bass is playing a solo there is no longer a rhythmic trio behind; which I found not fair. « Oh well, do you want to get your double bass out again now that it’s already packed?
No, I’m going to play it on the organ!
As for JMB and his sense of Blues, which I am discovering, no wonder he’s been touring the world in the orchestra of Ray Charles.

9- Jazz Café Chez Papa: I have played for many years in this restaurant in Saint-Germain-des-Prés (Paris) and this place, from day one, touched me. We are in Paris while feeling that we could be anywhere else in France. The music must be fresh, natural, impromptu, open to encounters. The boss, Michel Dassaut, is the soul of “Chez Papa” and imposes this spirit. This piece reflects it: A simple melody, straight jazz, straightforward.
Just by chance JMB suggests that I complete the album with simple songs, and he’s right. Everything so far is very written and dense. Well, twenty years with Lalo Schifrin, ten years with Michel Legrand, adds up to thirty years of rich and subtle orchestrations, filled to the brim with counter melodies.
It is there at “Chez Papa Jazz Club” that one evening I re-meet up with Michel Legrand, lost after not following up with him after our first collaboration ten years earlier (cf. Legrand Enchanteur). Michel was passing by in the street, heard notes from our duet with pianist Ahmet Gülbay, and he came in to listen.
“Good evening sir. Ohhh! Pierre Boussaguet, it’s been a long time … May I play something with you?”
One can only imagine the expressions of the customer’s faces at the tables …
At that time my entourage told me that I was wasting time playing in a restaurant in Saint-Germain …how ironic.
Here I would like to pay tribute to this special place, and by extension to the district where in the 90s there were six jazz clubs: Chez Papa Jazz Club, Le Bilboquet, Hôtel Latitude, La Villa, le Montana, and Le Village.
Arrived in Paris in 1985, I divided my nights between Le Bilboquet in Saint-Germain, and Le Petit Opportun, in Chatelet. Marc Hemmeler, who was highly respected by Stéphane Grappelli, Guy Lafitte, Michel Legrand, Ray Brown, Milt Jackson, and Lavelle, among others.
He taught me a lot, but was a tough customer.
Luigi Trussardi, the bassist of the trio, pushed me a lot, like a big brother,
as well as the always benevolent drummer Fifi Combelle.
So many musicians, actors, painters, filmmakers, and artists of all kinds came out of la rue Saint-Benoît, in Saint-Germain.
Today there remains only Chez Papa Jazz Club… The rest are select hotels, select restaurants, select shops, but for all of us it had been known before as the street for… select music. Paris nightlife has been killed since those days. This is sadly so, but as the Spanish saying goes: “You cannot take away what I have already danced.”

10- NHØP: These are the initials of Niels Henning Ørsted Pedersen, the Danish double bass player.
On the day of his untimely departure in April 2005, I became conscious of the love I have always had for this immense musician who played the double bass like no one, even today. Aside from his unparalleled technique and virtuosity, I love the legato he has throughout the bass range, as opposed to the usual “pic-pic-pic” in the upper register. This allows him to phrase a solo like any other instrument in the orchestra while giving weight to the role of bassist.
We often oppose Ray Brown and NHØP.
I know of nothing better than the attack of Ray, except for the lyricism and legato of Niels-Henning. As luck would have it, they were the Boss’s (Oscar Peterson) bassists… no comment.
That day in April 2005, I was in such pain that I sat down at the piano and composed this ballad in one go.

11- Tales: It’s a melody that I wanted as a standard, that is to say with a verse (a recitative).
This is an instrumental version. Later vocalist Deborah Brown wrote some beautiful lyrics, the story of a love that is revealed in Barcelona , Spain… Ok, it will be for the next record!

12- Mother Land: Sitting one morning in spring 2008 on the banks of the Gave d’Oloron, a river in the Béarn region (southwest France)
Time stands still; I remain there still, meditating on the waves and thinking “right now there are a lot of people all over the world in the same situation: Marveling about Nature.”
A simple melody, this ode to our Mother Earth goes through my head, and I note it quickly. Over time and through concerts I orchestrate it in many ways, and for this album, I decide to harmonize with strings, add a harp, and the voice of Natalie Dessay.
For the strings, pressed by lack of time and logistics, I ask Sharman to record the solo violin, then a violin 1, a violin 2, then a viola 1, and finally a viola 2.
Well yes, she plays both instruments and reads the parts of each other with ease, switching from back and forth the treble clefs, Ut 3, Ut 4 and F… disgusting.

Just before leaving for the studio, Laurent Naouri, Natalie’s husband, had the same idea as myself; since he’s coming to the studio with Natalie, why not sing along? Quickly I scribble four voices that I double for the coda, that is to say the last part of the piece.
The choir of four Dessays and four Naouris, and Sharman’s violins and violas, vibraphone, harp … yum yum … I want more.
For the harp, the chosen person tells me the day before that she is ill because a few days before in her close entourage, there is a case of Covid. Damn, this virus, moreover, does not like music, even when confined …
What to do?
JMB: “Do you know Lady Joyenval?”
Me: “By name yes, Lalo Schifrin has talked to me about her a lot, but she must be very old, and certainly lives in Los Angeles?”
JMB: “Wrong: she lives not far from where I live, I met her with mutual friends. Shall I call her?”
Me: “Sure!”
A few days later, the lady arrives, sheet music in hand, we set up her harp, she puts on her headphones, and presto, a take is done, then a second voice is re-recorded.
She tidies up her things, her helper takes care of the harp, and she tells us in her beautiful English accent: “Children, I no longer play professionally, but I liked your piece, and then we have a mutual friend: Lalo Schifrin.
It was a very pleasant moment, thank you, good bye.”
She leaves and I say to JMB: “In the film Out of Africa, there is this extraordinary line: When the Gods want to punish you, they grant your wishes.”